Création Affiche : Céline Bollondi - Kaméha

Mise en scène

Pascal Faber

Assistante mise en scène

Bénédicte Bailby

Avec



Pierre Azéma (Octave)

Brock (Claudio)

Vanessa Caihlol (Marianne)

Séverine Cojannot (Cuita)

Frédéric Jeannot (Coelio)

Pascal Faber (Tibia)

Lumières

Sébastien Lanoue



Univers sonore

Lionel Losada

Costumes

Madeleine Lhopitallier

Décor 

Cynthia Lhopitallier

LES CAPRICES DE MARIANNE

Alfred de Musset

 

RESUME

 

Coelio, le passionné, aime en vain Marianne, elle-même mariée au juge Claudio. Désespéré de voir son amour

repoussé, il se confie à son ami Octave, libertin désabusé qui accepte de plaider sa cause auprès de la jeune

femme. Marianne, s’offre alors à celui qui la repousse, donnant ainsi libre cours aux caprices du destin.

NOTE D'INTENTION

J’ai toujours voulu monter Les Caprices de Marianne . Le temps a passé et les idées sur la mise en scène, les personnages et la façon de valoriser les propos de Musset se sont succédées. Ce que j’ai voulu mettre en avant pourtant n’a jamais évolué.

 

Dès que j’ai lu LES CAPRICES – même sentiment présent à chaque relecture – j’ai

retrouvé les accents inhérents à la Tragédie, mais doublés de ce qui fera par la suite la force des drames psychologique français.

Présentée par son auteur comme une comédie, publiée en ce sens dans le « La Revue des Deux Mondes » en 1833 et destinée à la lecture, LES CAPRICES DE MARIANNE relève plus d’une tragédie « teintée » d’humour qu’à une comédie au sens propre du terme. Musset y pratique le mélange de tons et de genres, maintient une tension constante entre le comique apparent de l’action et son essence tragique. Trois conceptions de l’amour s’y affrontent, incarnées par trois personnages centraux :

° L’amour passionné de Coelio se heurte au refus de Marianne

° Les caprices de la jeune femme sont des manifestations de sa peur de l’engagement amoureux, d’une aspiration

profonde à la liberté.

° Octave se révèle comme un être épris d’idéal que l’amour a déçu.

LES CAPRICES DE MARIANNE

LES CAPRICES, UNE TRAGEDIE DU XIXè

Coelio est le vecteur du tragique. Il sait qu’il ne peut ni ne doit aimer Marianne. C’est « plus fort » que lui. Et tout cet amour qu’il a à lui offrir… D’où vient cet amour, en est-il responsable, n’est-ce pas une malédiction ? Celle qui pèserait sur la descendance de son père, maudit par celui qui voulait épouser sa mère. Quoiqu’il en soit, l’amour consume le coeur de Coelio un peu plus chaque jour. Comme Phèdre, le sujet de son amour est défendu alors il fuit la réalité et se réfugie dans un monde imaginaire pour le vivre. Puis comme Phèdre, il ne résistera pas au feu qui le dévore. Il induira de Marianne et d’Octave un renoncement, comme on a pu en trouver chez Tite et Bérénice

LES CAPRICES, UN DRAME FRANÇAIS

Cette pièce possède tous les ingrédients des comédies dramatiques à la française : les personnages s’interrogent sur leurs désirs, sur leur nature profonde, sans pouvoir y répondre vraiment. Ils luttent avec eux-mêmes, ils mènent une quête, tendent vers un idéal. Se trouvent-ils vraiment ? Le combat porte-t-il ses fruits et les questions trouvent-elles des réponses ? Etait-il vraiment nécessaire de réfléchir autant ? J’aime beaucoup tous ces accents du drame français. Là où cela apparaît encore plus riche, c’est dans la langue. On a souvent reproché à la pièce de Musset d’être verbeuse, d’être trop métaphorique. Regardons d’un peu plus près. La nature humaine est tellement difficile à cerner. C’est simplement que Musset invite la poésie pour essayer de rendre compte des réalités intérieures. Parce que beaucoup de choses sont intraduisibles si on ne convoque pas autre chose que le langage, la poésie par exemple. C’est du moins ce vecteur que l’auteur a choisi et auquel je tiens à rendre la noblesse. Parce que quelque soit les images, la langue de Musset n’est jamais une barrière, au contraire. Il a

réussi à faire un dialogue poétique non hermétique.

MISE EN SCENE

L’ADAPTATION

Le spectateur sera peut-être troublé par « l’absence » d’Hermia. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’image de la mère n’en devient que plus forte et présente. Hermia morte symbolise aussi la tragédie de Coelio.

Cela me permet aussi de renforcer l’image du « complexe d’OEdipe » existant chez Coelio, Coelio qui serait le fruit d’un amour damné. Le côté tragique de la pièce s’en trouve donc appuyé : dès qu’il perd pied, Coelio, tel un héros tragique, se rend sur la tombe de sa mère, comme on prie les dieux, pour trouver un peu de paix. Malgré tout le caractère psychologique que revêt les Caprices, je ne voulais pas m’en tenir à faire du ton sur ton et il est primordial de miser sur l’action, et pour une simple raison : si les personnages sont en réflexion, cela les mène aussi à se battre, à se débattre. Ils luttent : Marianne lutte pour son affranchissement et le droit d’aimer qui bon lui semble, Claudio lutte pour garder sa femme, Octave lutte pour un idéal – celui de son ami ou le sien, finalement. Même Coelio, s’il est condamné dès le début de la pièce à ne pas pouvoir vivre son amour, n’est pas

moins acteur des faits qui vont le conduire à sa perte.

L’EPOQUE : Des années 1830 à aujourd’hui

Le duo Coelio-Octave a retenu toute mon attention. Moins qu’un couple, il représente surtout la dualité de l’homme romantique du 19ème. Musset lui-même avoue, dans une de ses lettres à George Sand, qu’ils ne sont rien d’autres que les deux moitiés qui s’affrontent en lui, l’homme qui revendique le droit d’aimer et le libertin en quête du seul plaisir. Ils sont l’incarnation de la figure romantique qui oscille entre ces deux envies contradictoires, sans jamais se résoudre ni à l’une, ni à l’autre. S’il cherche l’amour et accepte de souffrir un temps, le romantique, lorsqu’il souffre trop, convoque le libertin pour se soulager, jusqu’au jour où le masque n’y suffit plus, qu’il tombe et que la mort seule enfin, apporte le repos. Musset est profondément enraciné dans son époque.

Les personnages des Caprices auraient pu également être les contemporains de cette société qui excluait les jeunes et les conduisait au libertinage comme seule issue à la douloureuse réalité. Rappelons-nous combien les années 1830 ont été une période politiquement instable, un temps d’affreuse désespérance, où les hommes étaient en proie au doute et en quête d’idéal.

Et lorsque l’on pose notre regard d’aujourd’hui sur ces personnages, on voit immédiatement combien Musset pouvait être moderne, voire en avance sur son temps. Il se souci plus de faire avancer son action, de prendre ses personnages à bras le corps et les plonger au coeur de leurs contradictions que de respecter les codes théâtraux de l’époque (unité de lieu ou de temps).

J’ai voulu montrer des caractères nus aux désirs qui s’affrontent, une comédie qui s’achève en tragédie, une comédie sur laquelle, tel un vautour, plane un parfum enivrant de tragédie : une comédie tragique ou une tragi-comédie. Ainsi la pièce trouve tout ce qu’elle a de funèbre et de contrasté quand on la remet à l’époque de sa création et ne perd rien de sa poesie quand on la teinte de XXIème siècle.

TRAGEDIE DE L’AMOUR

Coelio a perdu sa raison de vivre ; Claudio a perdu sa femme fidèle et vertueuse ; Octave perd un amour véritable, tout comme Marianne, au moment précis où ils découvrent ce qu’est l’amour. Tout vacille hors des certitudes annoncées, car les personnages dépassent le rôle apparemment attribué au départ par l’auteur. L’idéalisme tente Octave ; Marianne se prend à rêver d’amour partagé tout en découvrant des pulsions jusqu’alors inconnues et Claudio, garant du droit, devient assassin. Coelio sous la terre, Octave devra affronter ses démons; Marianne éclairée et meurtrie, n’aura plus qu’à retrouver son assassin de mari dans un monde invivable d’où le bonheur est banni.

© 2016 Compagnie 13